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Il se demande sans cesse ,
il
,
alors a priori Ben m'intéresse. Et puis, l'homme ne récite
pas un catéchisme . Il dit que les musées ne servent
à rien. Il adore la phrase de Bourdieu qui dit que "les
musées ne servent qu'à impressionner les pauvres",
mais aussi celle de Picabia : "Là où l'art
apparaît la vie disparaît." La vérité
avec un grand V ne veut rien dire, les musées ne servent
pas qu'à impressionner les pauvres et la vie ne disparaît
pas toujours quand l'art fait sont apparition : ces assertions
ont valeur de conviction, pas de connaissance exacte, mais le
savoir les sous-tend. Toutes ont le mérite de parler d'un
sujet dont il est rarement question : l'art, les musées
où il est exposé, n'existent pas d'évidence.
Malgré toutes ces belles phrases, Ben est dans les musées.
Il l'est mais, dit-il "il aimerait en sortir". Pétri
de contradictions, Ben ne cache pas qu'il est simplement humain.
Il peint avec
les mots, dit-il. Pas comme les dadaïstes ou les lettristes,
ajoute-t-il, dont les mots ont un caractère décoratif
ou surréaliste. Lui amène des mots contenant de
la vérité dans la peinture.
Je
lis,
je relis les
mots de vérité de Ben. Il y a des sentiments que
je partage : je n'ai nul besoin ni de plaisir à les regarder
peints par l'artiste. Il y le langage de l'ego. L'ego est un
sujet de prédilection pour Ben : "Le jour où
je m'arrêterai de mentir, je ne ferai plus d'art. L'art
est un mensonge. Il nous dit : "Regardez-moi !" C'est
l'ego qui parle. Donc l'art est un prétexte. Je dessine
des fleurs mais en vérité, je voudrais que vous
me regardiez et que l'on dise que ce sont les fleurs de Ben et
qu'on glose sur ce que j'apporte de nouveau."
De la même
manière qu'un beau roman de Céline ne me fait pas
aimer Céline, je n'admire pas une oeuvre d'art dans le
but ni de regarder l'artiste, ni d'imaginer qu'il m'apporte forcément
une vérité nouvelle. De nouveaux vertiges, oui.
Des passages secrets vers les mondes du créateur, oui
aussi.
- Notre civilisation
est très bavarde. Les mots, les livres sont légions
et dissèquent la réalité dans tous les sens,
l'étudient sous toutes les coutures, la nomme, la dévore,
la digère. Que nous apporte de plus un art aussi bavard
que celui de Ben ? Prenons par exemple cette oeuvre mixte, acrylique
et objets sur bois de 1995, Il n'y a pas de centre du monde
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