|
...
- Hubert Huertas : Alors, ça
se passe comment pour vous ? Vous avez cette sensation que l'électorat
dorme, et que les militants, pour vous, dorment ?
-
- Voilà,
le ton de l'interview est donné. Je ne suis pas sûr
que le même journaliste aurait empreint sa question de
ce ton légèrement condescendant à une personnalité
politique comme Nicolas Sarkozy ou François Filion. Anecdotique,
le ton pourriez-vous me rétorquer, plus intéressante
est la question elle-même. Vous auriez raison. Elle nous
plonge d'emblée dans l'univers formaté du journalisme
et, plus généralement des médias et de la
politique contemporaine. Celui des sondages. Celui du plus fort.
Celui où le fait de marquer des points est plus important
que le jeu lui-même. Vous pensez que mon interprétation
est abusive ? que l'on ne peut tirer tout cela d'une simple question
? Alors, écoutez la suite.
-
- Olivier
Besancenot
: ...que.. enfin... nos militants dorment pas. Par ailleurs,
comme on fait la campagne on en croise aussi d'autres, hein.
Je pense qu'il y a quand même une campagne électorale.
Je pense que les partis institutionnels font à peu près
tout pour que la campagne n'ait pas lieu ou qu'elle ait lieu
sur des bases un peu... un peu biaisées, c'est-à-dire
à nous renvoyer aux questions d'insécurité,
parce qu'en général ça fait des voix au
moment des élections plus que les questions sociales et
quand on aborde les questions européennes c'est aborder
l'Europe... d'une Europe virtuelle, c'est-à-dire l'Europe
fantasmée. Nous, on essaie d'aborder la question de l'Europe
telle qu'on l'aperçoit dans nos vies quotidiennes, celle
qui s'invite dans les hôpitaux, dans les universités,
quand on parle de libéralisation et de privatisation,
celle qui s'invite dans nos assiettes quand on parle d'organismes
génétiquement modifiés, c'est-à-dire
celle, voilà, celle qui correspond au vécu quotidien,
et euh...
-
- Tout de suite,
l'invité chasse la rhétorique de comptoir, il place
sa parole là où, à quelques pas de lui,
le journaliste aurait dû commencer de cheminer. Non pas
sur la voie de la plainte, arrosée par bon nombre de ses
confrères, non pas sur le dénigrement de ces mauvais
bougres qui perdent le sens de la responsabilité citoyenne,
mais au contraire sur celle où se tient tous ceux qui
ont à coeur une autre idée de l'Europe (et du monde,
d'ailleurs) et qui ne cherchent pas à pérorer sur
elle mais à comprendre celle qui se traduit chaque jour
dans la vie de chacun.
-
- H.H : Il existe, ce
vécu quotidien, chez ceux qui viennent vous écouter
? Ils vous disent quoi, de ce vécu ?
-
- O.B : Ben, par exemple,
ceux qui aujourd'hui se mobilisent encore dans le domaine de
l'université font un lien avec le sommet de Bologne. La
loi de l'autonomie de l'Université est en rapport avec
un sommet qui a eu lieu en 1999 à Bologne, donc, où
a été mis en place un processus de libéralisation
et de privatisation. Donc, pour nous, notre responsabilité
c'est de faire un peu le lien entre ce quotidien-là et
les décisions européennes, sans faire de démagogie,
et chercher, nous, à donner un prolongement, je dirais,
à la campagne politique anti-capitaliste qu'on mène
depuis des mois, finalement depuis la fondation du nouveau parti
anticapitaliste, avec les chances électorales qui arrivent.
-
- H.H : D'après
ce que disent les sondeurs et les commentateurs qui commentent
les sondages, ça va pas très très fort pour
vous, votre campagne n'embraye pas.
-
- Et voilà
que revient au galop le sacro-saint sondage. Les sacro-saints
gardiens de la température civile. On pouvait croire pourtant,
à la question précédente, que le journaliste
avait compris la nécessité de connaître un
peu de la matière des existences, celle qui est pétrie
par les conséquences réelles de l'économie
(européenne ou non), celle qui imprime leur éducation,
leur culture, leur santé. Poudre aux yeux, à en
croire ce retour si prompt aux étalonnages, servant une
énième fois comme nombre de ses correligionnaires
ce plat aussi insipide que nutritionnellement pauvre, cuisiné
par ces petits comptables du social, qui comptent avec d'autres
corporations peu enviables tant de myopes, d'astigmates, de presbytes
ou encore d'hypermétropes. Pourquoi ne pas avoir embrayé
sur le contenu de ce sommet de Bologne ? sur la pertinence ou
non du lien que tisse Besancenot entre cet évènement
et la loi française ?
-
- O.B : Oui, ben écoutez,
qu'ils commentent ! Nous, pour nous, ça va. Le seul
truc qu'on peut mesurer c'est... je dirais c'est l'impact militant
de notre campagne. Il y a du monde dans nos meetings, il y a
du monde dans nos réunions publiques, voilà, donc
il n'y a absolument rien qui cassera notre enthousiasme. Les
sondages valent ce qu'ils valent. Il y en a qui nous donnent
en baisse. D'autres qui nous donnent en hausse. Parfois même,
le même jour. Donc je pense que le seul qui va compter
une fois de plus ça sera celui du 7 juin. Je redis une
banalité mais ça fait toujours du bien à
dire.
-
- Là,
je me pose la question de savoir pourquoi Besancenot, toutes
les fois qu'il se trouve confronté à ces questions
d'audience de son parti, théâtralise davantage son
discours, s'éloigne du franc-parler habituel qui l'honore.
Il est habitué à de modestes résultats électoraux.
Il pourrait ici renouer avec des accents révolutionnaires,
véhéments, qu'il sait aussi porter. Pourquoi ne
pas s'étonner de l'inadéquation entre le nombre
de victimes de l'ultralibéralisme et le nombre de gens
qui votent encore et toujours pour des partis qui entretiennent
ou aident à entretenir une politique sans réelle
ambition pour le devenir matériel et spirituel du plus
grand nombre ? Pourquoi ne s'adresse-t-il pas directement à
l'auditeur qui l'écoute, en formulant le désir
de voir résonner en chacun des exigences de justice et
de bien-être ?
-
- H.H : Si on fait le
total des voix que la droite va recueillir, y compris en associant
l'extrême-droite, c'est un score qui est historiquement
bas, et pourtant, il semble bien que l'UMP va sortir en tête
et pourra dire : on a gagné ! Est-ce que c'est pas dû
à la fameuse division de la gauche, et donc, est-ce que
ca donne pas du corps à l'argument de vote utile, parce
que voter pour vous ça fera zéro député,
paraît-il.
-
- Voyez comme
on continue à s'éloigner des questions de fond
pour s'enliser dans un futur dont le journaliste prédit
déjà qu'il va se passer comme prévu. Notez
une nouvelle fois le regard braqué sur la performance,
les chances de tel ou tel champion, la manière dont les
uns vont pouvoir se hisser sur le podium en tâclant ou
en dopant les autres. Le journaliste aurait pu être un
peu historien. Un peu économiste. Un peu ethnologue. Il
sera seulement parieur d'un jour et s'excitera ou se lamentera
de tout ce qui galvanisera ou affadira le probable. La méforme
d'un champion. Le sursaut d'une monture.
-
- O.B : Paraît-il,
mais on va essayer de démontrer le contraire. Nous, on
souhaite avoir des parlementaires anticapitalistes, par exemple.
C'est pas... c'est...
-
- H.H : Et la question
de l'unité ?
-
- O.B : Ouais, mais la
question de l'unité, on la renvoie aussi comme ça.
C'est avoir des parlementaires pour quoi faire ? Et puis l'unité
de la gauche, pourquoi faire ? L'unité de la gauche contre
la droite, nous on la propose systématiquement depuis
des mois et des mois. Quand il s'agit de proposer politiquement
pour aller dans des institutions européennes, il y a quand
même des sacrés motifs qui nous séparent
du parti socialiste. J'entends que le parti socialiste n'ait
pas envie d'entendre ça, peut-être, mais ils ont
voté tous les traités, de Maastricht à Lisbonne,
qui gravent par exemple dans le marbre le fait qu'il faut tout
faire pour la liberté de circulation des capitaux. On
a un désaccord, on a quand même le droit de l'exprimer.
En revanche on a une responsabilité commune, c'est de
stopper par des victoires sociales le gouvernement de droite
actuellement. Et j'espère, en effet, que le 7 juin va
détromper les sondages, parce que pour l'instant la droite
est trop haute, il y a quelque chose qui colle pas. Il y a une
crise économique majeure. Il y a des résistances
sociales, et visiblement, on a une équipe gouvernementale,
pour l'instant, qui n'est pas destabilisée. Et sa seule
force...
-
- Le journaliste
ne voit pas qu'il y a des pépites à trouver ? Par
exemple, ne se demande-t-il jamais pourquoi les dirigeants socialistes
ne cherchent pas à ancrer leur réflexion et leur
action résolument à gauche ? Pourquoi faut-il que
le parti anticapitaliste soit presque le seul à se déterminer
contre l'ultralibéralisme si celui-ci est une cause pathogène
de maladies
- sociales ?
Mais le journaliste ne dispose, comme tant de citoyens, que d'une
ambition mesurée. Se débrouiller avec les institutions,
les armes disponibles. Avec les règles du jeu bien établies.
Prétendre que le jeu est malsain ? Qu'il faut revoir à
fond toutes ses règles ? Le journaliste est perdu. Il
n'a pas appris cela à l'école. Il faut écarter
d'un grand geste tous ses livres, tous ses pensums... et réfléchir
seul, sans y appuyer les coudes. L'exercice est pour lui surhumain.
Il préfère botter en touche. Mais allez, concédons
le, le sujet a son intérêt :
-
- H.H : Est-ce qu'il n'y
a pas aussi des défaites sociales ? Regardez, sur l'université,
une longue résistance et puis voilà, ça
repart, et le gouvernement peut dire : on a été
dur, et, au bout du compte, les étudiants, et ben, ils
recommencent à travailler parce qu'il faut... ils doivent
passer leurs examens. Qu'est-ce que vous dites, vous ?
-
- O.B : Je dis que c'est
une possibilité mais que c'est pas écrit d'avance.
Sur la loi d'autonomie de l'Université, c'est la deuxième
secousse qu'on connaît dans la société française.
Il y a déjà eu une première mobilisation
il y a un an et demi, des étudiants seuls. Cette fois-ci
c'est les enseignants chercheurs. Je pense que la mobilisation
n'a pas dit son dernier mot, mais vous avez raison, il y a un
vrai risque. Je crois que c'est une course de vitesse. Si le
gouvernement arrive à faire passer toutes ses réformes,
il y aura une démoralisation, une vraie démoralisation,
et je ne vois pas qui, à gauche, peut jouer au petit jeu
du sectarisme par rapport à ça. On a besoin de
victoires sociales comme on a pu connaître au moment, à
l'époque de Villepin, sur le contrat de première
embauche. Parce que, dans ces cas-là, il y a une partie
significative de la population qui recroit en elle, qui fait
irruption sur la scène politique, et là, les solutions
progressistes, elles peuvent reprendre le dessus. Donc, je crois
que rien n'est écrit, mais il y a une responsabilité
importante.
-
- H.H : La conséquence
de ce qu'on vient de dire, dans la campagne européenne
en France, c'est que, on ne parle plus que de François
Bayrou.
-
- De mieux en
mieux. Besancenot parle de la loi d'autonomie sur l'université,
de la démoralisation des gens opposés aux réformes
gouvernementales, de nécessités de victoires sociales.
Vous croyez que le journaliste se poserait la question du bien-fondé
de ces revendications ? De ce désespoir ?
- Non, la conséquence
de tout ceci est qu'ON ne parle plus que du patron du Modem.
Le journaliste travaille pourtant à Radio-France depuis
- toujours :
le lieu médiatique par excellence pour décrasser
ses neurones et aborder les grandes questions autrement que par
leur succès au hit-parade. Daniel Mermet, il connaît
? "Les pieds sur terre", Sonia Kronlund, il
- connaît
?
- Le journaliste
ne s'enlise pas. Il s'enfonce. Il hurle de plus belle avec les
loups. Notre interviewé a pourtant de la patience, du
tact. Chapeau bas !
-
- O.B : Il y en a beaucoup
qui en parlent. Que ceux qui ont envie d'en parler en parlent
aussi. Écoutez, tous ceux qu'on côtoie, nous, ne
nous parlent pas que de François Bayrou, ne parlent pas
que des partis politiques, il nous parlent d'abord de leurs préoccupations
concrètes : comment sauvegarder leurs emplois, comment
empêcher les licenciements, comment faire en sorte qu'on
ait un service public de la santé, comment faire en sorte
qu'on ait des mesures environnementales... comment... qui soient
liées à des mesures sociales, voilà. En
tout les cas, nous, ceux qu'on côtoie, c'est d'abord ça.
Je pense que le problème politique c'est de savoir quelles
réponses on apporte et si elles sont crédibles
à l'échelle européenne.
-
- H.H : Mais tout de même,
ça existe. François Bayrou existe dans la campagne
(O.B : Je ne le nie pas), son livre se vend,
c'est un vrai succès en librairie, on dit que c'est le
meilleur opposant, meilleur opposant que vous, c'est quand même
le symptôme de quelque chose, non ?
-
- C'est une maladie,
je ne vois que ça. Quelque chose qui a trait à
la compulsion, au tic.
- Ou à
la peur. Peur qu'Olivier Besancenot n'oublie le règlement,
ne sache plus qu'il a des compétiteurs, ni la valeur accordée
par le plus grand nombre à tel ou tel champion.
- Indéniablement,
le journaliste a compris que tout ce que des myriades d'hommes
et de femmes choisissent ensemble de toucher se transforme en
or. Et cet or l'éblouit.
-
- O.B : Sûrement,
mais moi, je joue pas à ce palmarès-là,
je joue pas dans cette compétition du meilleur opposant.
La meilleure opposition concrète au gouvernement de droite
nous on la connaît. Elle figure jamais dans les sondages.
C'est les centaines de milliers de personnes, peut-être
même maintenant des millions parce que ça fait deux
ans que ça dure, qui ont été concrètement
contre tous les mauvais coups de la droite. Et il y en a eu.
Et le problème, le drame, j'allais dire, si on fait rien,
c'est que cette opposition sociale, pour l'instant, elle n'a
pas de correspondant politique. Donc, nous, humblement, en prenant
acte du fait que résister, lutter, contester, ça
suffit pas, on a essayé de donner un prolongement politique
avec la constitution du nouveau parti anticapitaliste. On est
conscient que ça suffit pas, mais, si vous voulez, on
n'est pas en compétition avec la stratégie de François
Bayrou. Je pense que François Bayrou c'est une autre option,
peut-être plus rassurante pour les classes possédantes
à droite, et c'est en même temps quelque chose qui
est en train de séduire l'électorat, enfin, une
partie de l'électorat de la sociale-démocratie.
-
- H.H : Vous faites un
peu comme si les questions de pouvoir, les questions d'alliance
n'existaient pas. Grosso modo, chaque fois que je vous pose une
question, vous me répondez par le militantisme. Et pourtant,
ça existe, et est-ce que votre distance permanente avec
le parti socialiste n'aboutit pas à ce que, nécessairement,
il aille chercher des forces du côté où elles
se trouvent, et donc, du côté de monsieur Bayrou.
-
- Grosso modo,
chaque fois que je vous pose une question, vous me répondez
par le militantisme. J'aime vraiment beaucoup. A chaque question, mettons
: vous n'allez faire aucun geste pour rejoindre la
- gauche ? Vous
n'allez pas tenir compte du succès de Bayrou ? le leader
d'extrême-gauche répond que les véritables
réponses politiques, à son sens, vont à
l'encontre de l'économie de marché, qu'on ne peut
transiger sur ces questions, que la députation européenne
doit être la copie conforme d'une citoyenneté au
quotidien : militantisme, tout ça, répond le journaliste.
Autant dire : idéologie obtuse et stérile.
-
- O.B : Non, n'allez pas
nous ré...(petit rire) Je veux bien qu'on soit responsable
de beaucoup de choses, mais on est pas responsable du fait que
le PS aille "dragouiller" avec François Bayrou
en ce moment. Je pense qu'il est suffisamment grand pour le faire
tout seul. En revanche, vous avez raison, les alliances c'est
une question importante. Ce qu'on conteste nous, si vous voulez,
dans la stratégie d'alliance, c'est le tout ou rien qui
a été imposé par la direction du PS pendant
plus de dix ans. Le tout c'est : vous acceptez demain et vous
le criez haut et fort que vous irez gouverner avec nous, quitte
à avaler des couleuvres et faire le contraire dans les
institutions de ce que vous défendez au quotidien (par
exemple, faire des privatisations alors qu'on est contre), et
si vous êtes pas d'accord avec ça, vous devenez
infréquentable dans les mobilisations sociales. Ça,
c'est le tout ou rien. Ce tout ou rien, on le conteste. Je pense
qu'on doit résister ensemble à tous les dégâts
du capitalisme. Par contre, quand il s'agit de proposer, oui,
on a un désaccord. Nous, toutes les options qu'on préconise
: l'interdiction des licenciements, l'augmentation des salaires,
un service public bancaire qui soit unique et qui ait le monopole
du crédit, c'est des solutions qui sont contradictoires
avec l'économie de marché. Donc, le problème,
c'est d'assumer ces désaccords politiques là, y
compris, euh... Il y a des accords qui pourraient être
politisants si on les assumait un minimum, voilà. Et d'appréhender
la question effectivement du pouvoir, pas de façon abstraite,
mais avec de la cohérence. Si on a des parlementaires
anticapitalistes au parlement européen, et bien, ils feront
la même chose que ce qu'ils défendent au quotidien.
Ils feront pas un grand écart, ils feront pas le contraire.
-
- H.H : Olivier Besancenot,
vous en avez dit un mot, tout à l'heure, au début
de votre propos : les portiques, la police dans les écoles,
donc l'insécurité qui revient dans les élections,
euh... pour vous c'est parce que les Français sont inquiets,
et qu'il faut y répondre, et je suis sûr que vous
allez me répondre que c'est parce que c'est les élections.
-
- Personne ne
songerait à le débaucher, je ne sais pas... à
RTL ?
- à Europe
1 ?
-
- O.B : Je pense que oui.
Là, je vais vous le dire franchement, on nous ressort,
et puis ça commence à bien faire, on nous ressort
à chaque fois les mêmes trucs : l'insécurité,
les bandes de jeunes, les jeunes en bandes, on va même
choper des gamins de six ans à la sortie des écoles
parce qu'ils ont, soi-disant, piquer un vélo, et puis
pendant qu'on parle de tout ça on parle pas d'autre chose.
Voilà. Je dis pas que les problèmes de violence
n'existent pas, hein, moi je ne suis pas du tout angélique.
On évolue dans des couches populaires, et on est bien
placé pour savoir que si on est dans une société
de plus en plus inégalitaire, on est dans une société
de plus en plus violente. Mais, honnêtement, c'est pas
la préoccupation numéro un aujourd'hui. Je pense
que la question numéro un c'est l'insécurité
sociale. On est en train de connaître une crise économique
majeure. Majeure ! Nous on le sait, anticapitalistes, mais je
peux vous dire quelque chose, c'est que l'oligarchie économique,
elle le sait aussi. Une fois que les ???? sont éteints,
ils savent que la crise financière est toujours là.
Les fameux produits toxiques dont je parlais, sont toujours présents
dans le système bancaire. Le ver est toujours dans le
fruit. On peut injecter des dizaines et des dizaines de milliards
d'euros, ces produits sont toujours là. C'est-à-dire
qu'à la crise financière, on rajoute en plus une
récession économique majeure, parce que ces milliards
tombent pas du ciel, on les puise dans les budgets publics. Donc,
le plus gros des difficultés économiques reste
devant le gouvernement, pas derrière. Donc, et ça,
ça a des conséquences sociales qu'on connaît
tous.
-
- H.H : Il y a une crise
majeure, mais l'UMP est toujours en tête.
-
- Les bandits
en costume-cravate qui dévalisent les banques, qui poussent
des femmes et des hommes fragiles à réaliser des
rêves de sable, les milliards virtuels qui valent près
de dix fois l'argent réel et qui entraînent des
millions de gens dans une détresse spiralée, toute
cette gabegie n'émeut pas le coeur de notre journaliste
sportif, obsédé par le score. Qui bat les autres
à plate coutures ? Qui va coiffer tout le monde au
- poteau ? Toutes
les interrogations du journaliste sont accrochées à
cette jouissive angoisse.
-
- O.B : Oui, mais écoutez,
nous on fera tout pour que ça soit pas le cas, voilà.
Et on les combattra après les élections. Alors,
c'est aussi ça, voter utile, puisqu'on en parlait tout
à l'heure. Voter utile, c'est aussi voter pour ceux qui
sont utiles, et je dirais, efficaces au quotidien. Parce qu'après
le 7, il y aura le 8. Et puis, contre la droite, à partir
du 8, on va retrouver à peu près les mêmes.
Il y a ceux qui étaient à fond contre la droite
qu'au moment des élections, et puis qui, sur les mesures
concrètes du gouvernement, vont passer plus leur temps
à critiquer la forme, que le
- fond : L'autonomie
des universités, par exemple. Les régimes spéciaux
des cheminots, vous vous rappelez au début du mandat de
Sarkozy ? Etc. etc.
- Donc, on
va continuer ce combat-là avec beaucoup d'enthousiasme.
-
- Non, là,
je pense, Olivier, que tu avais mieux à faire, mon ami.
J'aurais barré "utile". J'aurais mis "nécessaire".
J'aurais demandé à toutes les oreilles tendues
de se muer en passeurs de relais, de se hâter de transmettre
l'urgence de combattre des idéologies malades, incapables
de penser la politique, l'économie sans les attacher fermement
au bien-être de la communauté humaine toute entière.
|